Projet de livre Partie 4

Alors, où en est la progression de ce projet ?

J’ai une mauvaise nouvelle : je ne pourrai pas le publier à la date prévue, et cela pour 2 raisons.

La première est assez simple : mon cerveau en entré en total blocage juste après les vacances d’Obon. J’ai trop insisté sur cette date butoir en espérant le forcer à produire, il a compris mon petit manège, et vous savez quoi ? Il m’a fait un joli doigt d’honneur en se mettant en grève. Vous ne le savez peut-être pas, mais j’ai l’art de ne rien finir. Je voulais lui mettre la pression en décidant d’une date de publication et voilà le résultat. Mais c’est bon, j’ai compris la leçon maintenant : le livre sera publié quand il sera publié. Pas de date annoncée longtemps à l’avance, ça ne sert à rien dans mon cas. C’est lui qui commande et il faut que je me fasse une raison, c’est tout.

La deuxième raison est administrative. Je suis sous un visa Instructeur donc je dois obtenir une demande spéciale pour faire un autre travail que celui d’enseignant. Je suis allée à l’immigration, j’ai fait un dossier en prévoyant suffisamment de temps, mais malheureusement ça prend beaucoup plus de temps que prévu, tout simplement car c’est le premier cas qu’ils voient (vendre des livres digitaux sur internet) et que mon cas n’existe pas dans les textes. Je sais pas quand mon cas sera décidé, donc là aussi c’est l’inconnu.

Bon, vous n’avez pas tout perdu : je vous donne un nouvel extrait pour vous faire patienter (ignorez les fautes, ce n’est pas encore passé par le correcteur pro).

Voici l’extrait !

« Quand je descendis de la voiture, je découvris ma famille d’accueil, les Sato. Monsieur Sato, Madame Sato et Grand Père Sato qui vivait avec eux.

Monsieur Sato travaillait à plein temps au sein d’une entreprise lambda, Madame Sato travaillait à mi-temps dans la même entreprise que son mari et s’occupait de la maisonnée le reste du temps, et Grand Père Sato coulait des jours heureux avec sa fille et son gendre dans leur grande maison calme maintenant que les enfants du couple avaient quitté le nid familial.

Du premier jour où je suis arrivée, et ce jusqu’au jour de mon départ, j’ai été traitée comme une princesse par cette famille. Ils se sont pliés en 4 pour faire en sorte que mon séjour se passe au mieux, ou plutôt que ce séjour représente quelques semaines de perfection. J’ai absolument eu tout ce que je pouvais rêver d’avoir, et encore plus : découvrir les gouts et saveurs de la cuisine japonaise, les lieux importants de la région, m’initier aux us et coutumes des Japonais… Mais si ce n’était que ça ! Ils m’ont littéralement couverte de cadeaux ! Plusieurs centaines d’euros dépensés pour ma personne en vêtements et objets traditionnels japonais !

Madame Sato m’emmenait partout avec elle, me faisait rencontrer toutes ses connaissances. Je me retrouvais à chaque fois inondée de compliments pour tout ce que je faisais ou je disais. Manger avec des baguettes ? « Jouzu ! (que vous êtes douée !) » Mettre un yukata, le kimono d’été traditionnel ? « Kawaii ! (qu’elle est mignonne !) » Dire 2 mots d’affilé en japonais ? « Jouzu ! (que vous êtes douée !)» Tout ce que je faisais ou disais ne suscitait que de vives réactions positives. Des réactions dithyrambiques même. C’était incroyable comme j’étais subitement devenue quelqu’un de génial en me rendant simplement à l’autre bout de la terre ! Je n’avais pourtant pas changé d’un iota, mais les gens autour de moi me portaient aux nues. Alors, une fois, c’est agréable, même si l’on sait que ce n’est pas justifié. Au bout de la cinquième fois, on commence à se poser des questions. Et lorsque c’est systématique, on comprend qu’il y a quelque chose d’anormal à la situation.

En observant plus attentivement l’attitude des personnes qui m’entouraient, je remarquais qu’elles dispensaient le même genre de remarques à deux autres catégories « d’individus », à savoir : les petits enfants et les chiens. Moi, adulte responsable et vaccinée, dans la même catégorie que des gnomes à morve n’ayant pas encore abandonné leurs couches ! Je dois avouer que ma fierté en a pris un coup. Je pris alors la résolution de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour retrouver ma dignité d’adulte. Autrement dit, je signalais bien courtoisement que oui, je savais tenir des baguettes car on mangeait chinois chez nous depuis que j’étais enfant, que non, prononcer 2 phrases simples à la suite en japonais ne méritait pas un « Jouzu ! » avec applaudissements et que l’avalanche de « Kawaiiii ! » stridents qui m’était destinée à chaque fois que je mettais un yukata était un peu exagérée quand même. Mauvaise idée. Bien que je prenne des gants à chaque fois pour expliquer mon point de vue, je me heurtais à un mur d’incompréhension. Pire que ça, je m’apercevais que je blessais mes interlocuteurs.

J’ai alors pris du temps pour analyser la situation. Premièrement, je compris qu’ils n’avaient absolument pas conscience qu’ils me traitaient de la même façon que les petits enfants. Deuxièmement, je réalisai aussi qu’ils n’avaient aucune intention de se moquer de moi en me traitant de la sorte et que bien au contraire, ils faisaient preuve de bienveillance en agissant de cette manière. C’était une évidence pour eux. Car pour eux, j’étais une étrangère qui venait visiter leur –misérable et inintéressant (dans leur tête)- pays, et qu’ils devaient donc faire en sorte de rendre mon séjour le plus agréable et parfait possible. Ils avaient cette image en tête de l’étranger extrêmement différent d’eux, qui s’essayait à la culture japonaise –particulièrement incompréhensible pour des étrangers (toujours dans leur tête)- et qu’ils devaient encourager face à la difficulté pour celui-ci de comprendre ne serait-ce qu’un millième de leur culture. Aucune des personnes que j’ai rencontrées, je dis bien aucune, n’avait d’autre intention que de rendre mon séjour le plus agréable possible. D’où leur incompréhension face à mon rejet de leurs compliments. Mais c’est là où ça devient intéressant. En exprimant mon mal-être face à leurs compliments, ils auraient normalement dû changer d’attitude. En tout cas, si leur but était vraiment de rendre mon séjour agréable. Mais ils en étaient incapables. Mes remarques se heurtaient à de l’incompréhension. A de l’irritation même. Pourquoi ? Parce que je refusais de jouer le rôle social qui m’avait été attribué d’office sans mon consentement. Ils avaient une image de l’étranger dans leur tête ainsi qu’une image du type d’interaction qu’ils devaient avoir avec moi et ils ne voulaient –ne pouvaient- pas en démordre. En refusant mon rôle, je provoquais une interférence dans leurs schémas mentaux bien établis et ils n’avaient pas de ressource pour faire face à la nouvelle situation. Leurs schémas mentaux concernant l’étranger venant découvrir le Japon et le type d’interaction qu’on pouvait avoir avec lui était rigide et toute modification en était extrêmement difficile. Lorsque je compris que peu importe ce que je dirai ou ferai, rien ne changerait, et que, bien au contraire, je provoquais plus de mal que de bien en me montrant obstinée sur le sujet, j’abandonnai l’idée de vouloir les changer et me cantonnai au rôle qui m’avait été attribué. Après tout, je n’étais là que pour quelques semaines. S’ils avaient envie de rester dans leurs illusions, grand bien leur fasse ! »

Fin de l’extrait !

Stay tuned ! ^o^

5 comments

  • joan sorsana

    Même au japon les français restent des branleurs(humour ^^)

    Un français n’aurait il pas les même “illusions” vis à vis d’un étranger qui parlerait très bien le français? Si tu es un étranger tu as une autre culture donc on te ménage à moins qu’il te dise que ça fait dix ans qu’il vit en France non?
    Et puis c’est dans leur culture d’être comment dire d’avoir un masque et d’être conciliant.

    Si jamais vous pouvez un jour faire un article sur la région où vous vivez avec des photos des paysages alentours ce serait super :p Ou sur des évenements culturels japonais ^^
    (faut vraiment que je me paye le voyage T_T désolé)

    • nemuyoake

      “Un français n’aurait il pas les même “illusions” vis à vis d’un étranger qui parlerait très bien le français? Si tu es un étranger tu as une autre culture donc on te ménage à moins qu’il te dise que ça fait dix ans qu’il vit en France non?”
      Peut-être. Peut-être pas. Faudrait demander à un étranger vivant en France.

  • Sanzo

    Hi Nemuyoake !
    Tout d’abord merci pour tes nouvelles ! J’avais cru comprendre que ta santé était récemment touchée et je suis rassuré de constater que tu as pris les mesures nécessaires pour améliorer les choses vers ta guérison. et sincèrement c’est cela le plus important car je m’inquiétais un peu et si je n’écrivais pas c’est pour ne pas en rajouter. Je m’octroie chaque semaine le droit de t’écrire une fois ou de lire une fois car cette passion Japon si on ne la ménage pas on finit par y succomber. A cela s’ajoute la rentrée des classes et savais tu que je demande à mes élèves de m’appeler Sensei au lieu de Sir ? Non seulement cela les fait rire mais en plus ils adorent du coup c’est la fête car en plus yes ils adorent les mangas et le Japon pour certains !
    J’aime beaucoup le style d’écriture ainsi que l’histoire de cette rencontre à la fois avec les Japonais mais aussi la culture et ce côté spectateur de la condition (comédie) humaine qui fait que derrière la barrière non pas linguistique il y a ce pont de la psychologie humaine derrière laquelle des invariants surgissent : la difficulté d’imaginer autrui et de sortir de ses représentations. Tout cela avec cette humanité car si effectivement chacun fait de son mieux tout le monde essaye quelquepart de répondre à la générosité de l’autre en tentant d’élargir son horizon.
    Comme toujours merci, merci Nemuyoake. S’il te plaît prends soin de toi, rien ne presse car tout vient à point à qui sait apprendre, attendre et comprendre !
    kiotsukete !!

  • Sanzo

    ps
    en me relisant pour verifier les fautes d’orthographe, je me disais : chacun essaye d’honoer l’autre, indépendemment du résultat, l’intention reste vraiment louable.
    Très bel extrait hontoni domo arigato gosaimashtaaaa !

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