Bilan de ma première année d’enseignement au Japon

On va éviter les commentaires bateaux du style « une année, ça passe vite ! » pour tenter de pondre un article qui résume l’essence de cette première année d’enseignement dans un lycée japonais. Et comme je suis une personne à bullet-list, on va faire des bullet-lists.

 

Dans la catégorie « ça m’a bien plu » :

 

  • Mon environnement de travail : le bâtiment principal a été rénové il y a seulement 10 ans. C’est en bois clair. C’est lumineux. On a du matériel correct (en tout cas, ça me permet de bosser dans de bonnes conditions), nos propres bureaux. Je n’ai pas à me plaindre.

 

  • Mes collègues : une super ambiance qui permet de travailler en équipe sans que ce soit pesant ou pénible. Chacun a son caractère et ses manies mais tout le monde fait en sorte de coopérer. Chacun a ses points forts et faibles mais chaque membre de l’équipe supporte l’autre sans hésiter dès que celui-ci se retrouve en difficulté. Du vrai travail d’équipe et j’aime ça.

 

  • Mon intégration : Excellente. On s’attend à ce que je travaille à la japonaise mais on ne considère pas que je doive tout savoir dès le début. Si je ne sais pas ou que je n’ai pas un comportement adapté pour un environnement japonais, on m’explique simplement ce que je dois changer. Ils sont pleinement conscients que ce n’est pas forcément facile pour une étrangère, donc ils m’ont donné beaucoup de temps pour m’adapter et m’ont bien épaulé pour m’expliquer, répondre à mes questions etc.

 

  • Les élèves : Bien agréables. Ils ne veulent pas nuire à leurs enseignants, au contraire, ils les aiment beaucoup, même lorsque ces derniers sont sévères avec eux car ils comprennent que leurs enseignants sont là pour les éduquer. Comme m’a dit une élève de ma classe la plus bruyante (classe qui s’est miraculeusement assagie ces derniers mois grâce à la coopération de tous les enseignants, mais surtout grâce au talent d’éducateur de leur prof principal) « On sait que vous faites ça pour nous, mais on est encore enfants dans notre tête. Merci de nous avoir supporté cette année ». Pourtant, certains sont loin d’avoir intégré les codes sociaux et sont égocentrés. J’ai compris cette année à quel point le rôle d’éducateur de l’enseignant est important. Même si j’ai choisi d’enseigner dans un lycée rural populaire, je ne suis pas quelqu’un de patient à la base et ça me contrarie énormément quand les choses ne vont pas immédiatement dans le sens que je veux. Mais j’ai compris que la schlague systématique ne marchait pas. J’ai fini par m’attacher à eux lorsque je me suis intéressée à eux. Et quand on voit les progrès qu’ont fait la majorité d’entre eux en une année, on se dit que ça va pouvoir le faire. Je suis notamment très touchée par le désespoir de certains qui voient leur avenir compromis car ils n’ont pas les moyens financiers de payer une école pour poursuivre leurs études, même en économisant. Ils ne peuvent tout simplement pas. Plusieurs d’entre eux ont été même obligés d’arrêter leurs activités de club pour travailler en plus de leurs études afin de subvenir aux besoins de leur famille. J’en envie de leur être utile pour qu’il puisse arriver à réaliser leurs rêves.

 

  • Le rythme de travail : je ne suis pas encore prof principal et ça se sent. Le rythme de travail est plutôt pépère, malgré des rush lors des examens et conseils de classe où je dois alors rester jusqu’à 7h du soir tous les jours. J’en profite car je sais que ça va changer dans 1 an. En tout cas, je me demandais si j’allais être capable de suivre le rythme et pour l’instant, c’est oui. J’ai plus de charges administratives cette année, mais c’est trois fois rien comparé à ce que les autres enseignants se coltinent.

 

  • Ma formation : plutôt bonne. Les cours théoriques sont insuffisants, mais de toute façon je préfère la mise en situation et l’étude de cas. Je déteste écrire des rapports, mais j’ai bien aimé les occasions qui m’ont été données d’assister et/ou de participer à des situations réelles sur le terrain, notamment en seito shido. Je mesure le fossé entre les cultures pour beaucoup de choses, donc il me faudra cette année encore pour essayer de me mettre au niveau et intégrer les nombreuses différences culturelles en ce qui concerne le domaine de l’éducation. Chaque enseignant a son style et tous me disent qu’il n’y a pas une seule façon de faire et que je dois par conséquent observer beaucoup d’enseignants différents pour me former.

 

Dans la catégorie « Ca m’a quand même un peu irritée sur les bords » :

 

  • La liberté pédagogique. Celle-là, j’avais été prévenue par mes enseignants quand j’étudiais à la fac donc je m’y attendais mais ça me prend la tête quand même. En quoi est-ce pertinent de suivre un bouquin fait pour la lecture pour une matière appelée « communication » ? Va falloir qu’on m’explique. Surtout que le but des cours est d’améliorer les 4 compétences des élèves : parler, écrire, lire, écouter. Enfin bon, après une année à ne quasi pas utiliser le livre malgré les directives, j’ai compris qu’on allait pas trop me tirer les oreilles tant que les élèves feraient des progrès. Ah. A rajouter que les décisions se prennent généralement avec les autres enseignants de la même matière et que c’est assez difficile de faire ce qu’on veut à 100%. J’ai par exemple du insister pour faire passer ma quotation contrôle continu/contrôle final de 30/70 a 50/50.

 

  • Je sais pas trop comment appeler ça donc je vais me contenter de l’expliquer. Mon directeur a une obsession qui ne le quitte pas, à savoir : il veut absolument que je participe au club d’athlétisme… en courant avec les élèves. En faisant le même entrainement qu’eux. Je ne sais pas d’où vient cette obsession… Bon déjà c’est non pour le principe vu que je suis une prof, pas une élève donc je ne le fais pas. Et mon excuse préférée, qui est une vraie excuse par ailleurs, c’est la tendinite au genou que je me traine depuis 2 ans maintenant et qui m’empêche de courir, de faire des squats etc. (je peux faire 60km à vélo par contre mais pas tous les jours sinon ça coince). J’ai l’impression qu’il veut que j’expérimente une activité de club pour bien la comprendre vu que j’en ai pas eu l’occasion en France et/ou bien créer des liens avec les élèves, que sais-je, mais ça ne me plait pas donc je ne le fais pas. De plus, les autres advisors ne le font pas donc j’estime que je n’ai pas à le faire.

 

A part ça, j’avoue ne pas voir d’autres points qui me dérangent… Je pense que je rajouterai un ou deux paragraphes si le besoin s’en fait sentir, mais pour l’instant, c’est tout ce que je peux dire sur ma première année. Une année somme toute plutôt positive, je n’ai pas à me plaindre. Je suis bien tombée en fait. En espérant que ça dure. Je ressens toujours plus ou moins le même ennui, mais qui est compensé par mes projets perso. Un travail n’est qu’un travail, parait-il…

 

Sur ce…

 

 

 

 

 

 

 

5 comments

  • Tanuki

    Super page ! Vous enseignez quoi ? Vous avez fait vos études au Japon ? Sans indiscrétion, le salaire est de combien ? La région de Morioka est belle et reposante… Beau parcours que le vôtre.

    • nemuyoake

      Merci ! ^^
      J’enseigne l’anglais et oui j’ai fait mes études au Japon. Le salaire pour débutant est de mini 2000 euros (primes incluses). Ca monte jusqu’à 4500 euros (sans les primes qui sont généralement de 4 mois de salaire par an)

  • Sanzo

    Bonjour Nemuyoake !
    Bon oui depuis cette semaine je lis un article par jour de ce site car c’est juste passionnant! C’est normal c’est les vacances d’été en France et même si j’ai des choses à faire malgré tout ! C’est assez irresistible de lire les débuts au Japon de ta vie professionnel.
    2 choses me frappent aujourd’hui : l’ennui et la tendinite décrite.
    Mais avant de réagir au sens d’essayer de contribuer car ce que j’écris c’est totalement subjectif je le rappelle car je ne fais que transcrire ce que j’aurais fait si j’étais à ta place car j’avais le même rêve à savoir vivre en enseignant au Japon.
    Tout d’abord bravo pour le ratio contrôle continu et final je trouve que ta façon de procéder est plus équitable que la pratique nippone car elle récompense l’effort et elle dissuade les révisions de dernière minute et donc tu permets aussi de réduire l’accumulation de stress en réparissant les enjeux de chaque évaluation donc chapeau !
    Ensuite j’aime bien aussi le fait de ne pas se laisser marcher sur les pieds ainsi que le travail de groupe et le seito shido.
    Maintenant l’histoire de l’ennui, il me semble que tu es plutôt quelqu’un d’efficace dans ce que tu entreprends et pour le travail tu es déjà dans ce que l’on appelle une zone de confort acquise et ce même face à des défis cela reste du surmontable. Je pense que le directeur maladroitement trouvé la sultion car proposer c’est une chose, insister pour imposer c’est autre chose effectivement. Il a mis le doigt dessus à savoir la vie sociale. Les projets persos tout le monde en a de toute façon mais ils ne servent pas à compenser mais à s’épanouir. S’il y a quelquechose à compenser il vaut mieux s’attaquer à la racine de la question, c’est commle pour le travail, on le choisit car on aime et non pour compenser quoi que ce soit.
    La difficulté d’identifier ma source de l’ennui vient du fait aussi qu’en général des moyens de compensation sont déployés au lieu de s’intéresser à la signification car l’ennui est souvent un besoin non satisfait dans la manière d’occuper son temps.
    Ici en France dans la majorité des cas, c’est une vie sociale soit pas assez développée soit pas assez variée c’est ce que je constate. Bon c’est juste mon opinion car j’ai l’impression de philosopher lol !
    Du coup ce que je voulais dire c’est que tu peux imaginer créer un club de Français dans l’école ou en dehors pour élèves ou pour adultes, voire en faire une activité rémunérée mais sans que cela prenne la forme d’un cours mais davantage une manière amusante de se détendre tout en apprenant avec par exemple le ciné ou le chant voire la danse et si c’est dans l’école on peut imaginer des trucs style comédie musicale. L’idée c’est vraiment de s’amuser !
    Surtout que là je réponds en 2017 donc tu as de l’expérience et que tu peux anticiper le faisable de l’ambitieux.
    So just another food for thought message !
    have a great sunday !!

    • nemuyoake

      Désolée pr le temps de réponse.

      J’ai pas envie d’enseigner le français gratos sur mon temps libre car j’ai envie de le consacrer à ma petite personne, à des loisirs etc.
      Et je ne peux pas avoir une activité d’enseignante rémunérée car je suis titulaire et c’est illégal. J’ai déjà un cours de français que je donne à l’école après l’école et je considère que ce sont des heures sup non rémunérées que je tiens à ne pas faire augmenter.

      Pas de solution qui me convienne, je suis bien désolée, vu le temps que tu prends à m’écrire. XD

  • Sanzo

    Hello Nemuyoake !
    shimpaye shinaide !!
    Je ne fais que proposer, explorer des options pour exploiter le fait qu’être française peut céer des opportunités;)!
    By the way je ne savais pas que tu ne pouvais ajouter une autre activité rémunérée ! Et effectivement on ne va pas passer sa vie au boulot et donc tu as totalement raison !
    Cheers

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