Projet de livre, Partie 2

Et voilà, j’ai fait ma feignasse et ce qui devait arriver arriva : je n’ai écrit que 10 000 mots pour le moment. C’est mieux que rien vous allez (peut-être) me dire, mais non. Enfin bref, le passé est le passé et le plus important est d’avancer, ce que je suis en train de faire, à un rythme plus lent que ce que j’espérais, et c’est ma faute, y’a pas à tortiller. Je pourrais utiliser l’excuse de mon boulot, mais je me ferai pitié à moi-même donc je vais éviter.

 

Sinon, j’ai enfin trouvé le titre de mon livre : ce sera « Intuitu Personae ». Je parle beaucoup de persona sociale dans ce livre, d’interactions sociales, d’identités, de masques et j’ai trouvé ce titre approprié. On m’a fait remarquer qu’il aurait mieux valu un titre japonais ou qui fait penser au Japon mais je préfère les titres qui n’évoquent pas le contenu d’un livre de façon directe. Je pense toutefois rajouter un sous-titre du style « ou de l’Art du Tatemae » si besoin est. Quoi qu’il en soit, je changerai ce titre s’il ne me plait plus. J’ai encore le temps de voir venir.

 

Je vous propose cette fois-ci encore un autre (long) passage de mon futur livre. Ce n’est pas le premier chapitre car il n’est pas encore terminé, mais un extrait situé… quelque part dans le premier tiers du livre (?). J’écris habituellement mes scènes dans le désordre, suivant mon inspiration et ensuite je fais les raccords nécessaires. J’ai toujours fait comme ça et ce bouquin ne fait apparemment pas exception.

 

Voici l’extrait en question (oui, c’est balancé sans contexte, vous pouvez rager dans les commentaires si vous en éprouvez l’irrépressible besoin). C’est un premier jet donc il n’est pas passé par la correction orthographique ou stylistique. Ne le prenez donc pas comme une version définitive.

 

De fil en aiguille, on me proposa de me rendre à telle ou telle soirée que telle ou telle « Madame » organisait. Je goûte assez peu ce genre de soirées, mais, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les Japonais savent être très insistants quand ils le veulent, et il est alors assez difficile de refuser une invitation. Et je dois dire que ces soirées ont été particulièrement riches d’enseignement…

La première soirée à laquelle je me rendis n’était pas vraiment une soirée mondaine. Il s’agissait plus d’une sorte de diner entre connaissances qui travaillaient dans des milieux différents et qui se réunissaient de temps en temps pour apparemment renforcer les relations entre leurs différentes entreprises. Je me retrouvais au milieu d’eux, sans vraiment savoir ce que je faisais ici car je ne connaissais personne. La maitresse de maison qui m’avait accueillie, toute sourire, se chargea de ma présentation. A « Et elle est Française », j’entendis un bruissement dans l’assemblée qui poussa un « Ohhhhh…. » admiratif. J’aperçus le sourire satisfait de la maitresse de maison et je compris enfin pourquoi j’avais été invitée. Non, je n’avais pas été invitée pour ma remarquable personne mais bien parce qu’étant Française, j’allais pouvoir apporter un petit parfum d’exotisme (sic!) à sa soirée. Et plus que ça : un petit parfum d’exotisme, certes, mais un de standing. La France, ce pays si charmant et si classieux !

A peine la maitresse de maison avait-elle fini ma présentation que les invités se précipitèrent à mes côtés pour me poser des questions. Je me souviendrais toujours de la première qui m’a été posée car cette simple question fut le moyen pour moi de m’ouvrir les yeux sur les enjeux de cette soirée.

 

« Quels sont vos passe-temps ? »

 

Je répondis avec sincérité.

 

« J’aime regarder des anime »

Oh, que n’avais-je pas dit ! Je vis l’expression de mes interlocuteurs se figer un bref instant. Un bref instant que je ne manquais pas de remarquer. Je me rattrapai immédiatement.

« Mais récemment, je m’intéresse aux ukiyoe. »

 

Je vis l’expression de mes interlocuteurs changer du tout au tout et arborer un air satisfait. Heureusement que j’avais quelques notions sur le sujet que je venais de lancer car nous avons parlé pendant quelques secondes des ukiyoe. Puis vint la deuxième question.

« Qu’est-ce que vous aimez à propos du Japon ? »

Ah, cette fois ci je ne me ferai pas avoir !

« J’aime beaucoup les paysages que je trouve magnifiques. Les gens sont tous si gentils ! Et la culture traditionnelle japonaise me passionne! Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas encore bien sûr, mais je profite de toutes les occasions pour en apprendre plus ! »

 

Sourires satisfaits sur tous les visages. Ah, j’avais compris la règle du jeu. Quand on me posait une question pour me connaitre, en fait, on ne voulait pas vraiment me connaitre. Ce qu’on souhaitait, c’était que je donne les réponses que mes interlocuteurs attendaient. Si ça pouvait leur faire plaisir… Je continuais sur cette lancée, répondant à chaque question par la réponse qui me semblait la plus attendue par mon interlocuteur. Et chacune de mes réponses était visiblement approuvée. J’étais apparemment bonne à ce petit jeu. Et je continuais car j’avais alors parfaitement compris que toute cette soirée n’était qu’une mascarade : j’avais été invitée pour amuser la galerie. Ou plutôt, j’avais été invitée pour apporter un plus conséquent à la soirée de la maitresse de maison. Ce qu’on attendait de moi ? Que je parle avec les invités. Que je les distraie. Que je leur parle de moi, une Française, et de la France, mais attention ! Il ne s’agissait pas vraiment de moi ou de la France dont je devais parler. Je devais faire en sorte que mes réponses s’accordent parfaitement à l’image que les invités avaient de la France ou des Français. Nuance. J’appris aussi au cours de cette soirée à ne pas étaler mes connaissances sur le Japon : lorsqu’on me demandait si je connaissais telle ou telle chose sur la culture japonaise, il était attendu de moi que je réponde par la négative, afin de permettre à la personne d’étaler ses connaissances, elle, et d’avoir la fierté et la satisfaction d’avoir enseigné un pan de la culture japonaise à une étrangère.

 

Je n’ai jamais autant utilisé ma persona sociale qu’au cours de ces soirées. Car recevant invitation sur invitation, j’enchainais soirée sur soirée. Et j’affinais ma gestion des interactions sociales à la japonaise au cours d’elles. Je perfectionnais ma persona sociale, retirant de chaque soirée son lot d’expériences. J’apprenais à anticiper ce que l’on attendait de moi. Raconter des choses intéressantes sur la France, certes, mais qui correspondaient à leur image de ce pays qui était à leur yeux resté coincé dans les années 60. Pas étonnant alors que certains Japonais se retrouvent à l’hôpital psychiatrique lorsqu’ils se rendent en France ! L’image de la France présentée à la télévision japonaise n’est que mensonge, avec ses tournages traitant exclusivement des quartiers bobo des grandes villes ou de petits villages pittoresques. La télévision japonaise a en effet la fâcheuse habitude de montrer à ses spectateurs ce qu’ils ont envie de voir, et par ce moyen entretient leurs illusions fantaisistes sur notre pays.

 

En plus des choses intéressantes et exotiques (re-sic !) que je devais raconter sur la France, je devais aussi faire de même avec ma personne, mais attention ! Là aussi je me devais de correspondre à leur image de jeune femme Française typique, autrement dit de petite bourgeoise bien éduquée. Ou plutôt l’image qu’ils avaient en tête de ce que devait être une petite bourgeoise française bien éduquée. Et j’avais la tête de l’emploi, une chance ! S’ajoutait à cela un autre rôle qui m’avait été implicitement confié : je devais faire en sorte de les mettre en valeur, de mettre en valeur leurs connaissances sur le Japon, en me montrant avide de connaitre plus de choses sur la culture japonaise et en manifestant mon enthousiasme vis à vis de tout ce que mes interlocuteurs pourraient m’apprendre sur leur culture. Et de voir leurs yeux briller de fierté lorsqu’ils m’apprenaient quelque chose que je savais déjà !

 

Je peaufinais ma technique, soirée après soirée. Et apparemment, ma performance était jugée plus que remarquable puisqu’à chaque fin de soirée, un invité m’invitait pour que je participe à une autre soirée chez lui quelques jours plus tard. Au bout de quelques diners de ce genre, je jouais mon rôle à la perfection et la critique était dithyrambique. Les gens m’adoraient. « C’est si facile de parler avec vous ! » . « Je suis si heureuse d’avoir pu vous rencontrer !! ». « Tenez, ce n’est qu’un petit quelque chose mais… » Et je recevais parfois des cadeaux, parfois de l’argent. Et je les acceptais toujours (après avoir manifesté un humble refus, cela va de soi) car j’avais compris que jouer le rôle que l’on attendait de moi me rapporterait bien plus que de le refuser en bloc par fierté. Argent, cadeaux, mais surtout relations. Kane to kone. Argent et relations. Voilà ce qu’il faut pour réussir au Japon parait-il. Ah, ils veulent me cantonner dans un certain rôle, sans se soucier de ce que moi je veux vraiment ? Qu’à cela ne tienne ! Je serai donc celle qu’ils veulent que je sois. Mais en échange, je profiterai de tout ce qu’il me sera possible d’obtenir d’eux.

 

 

Bon, je vais m’y remettre !

 

Sur ce…

 

 

 

8 comments

  • Shindou

    Well… ce que tu racontes là est vraiment particulier. Cette adaptation que tu as pour satisfaire l’ego de ces gens est certes admirable, mais surtout intolérable ! Comment peux-tu jouer avec tes propres sentiments ? car oui, tu n’es pas toi-même, et même si tu le sais pertinemment, le masque que tu portes va sans doute finir par s’ancrer en partie en toi. Perdre son identité forgée au cours de diverses expériences et relations est tellement dommage…
    Je conçois que c’est la société qu’est ainsi ; qu’il faut davantage plaire à son prochain plutôt que d’être authentique. Mais bon sens, il ne faut jamais se perdre de vue pour ce stupide kane to kone ! Je ne doute pas que tu maîtrises ce que tu fais car tu as l’air d’avoir un très bon recul sur ta situation, cependant tu participes à renforcer ce concept absurde et, bien que tu puisses penser le contraire, à perdre une partie de toi-même. Justement, tu es Française, tu devrais être fière de tes origines, fière de ton parcours, fière de ta personnalité ; et balayer d’un simple revers de la main les quelques nuisances qui se placent devant toi. Tu n’es pas un animal de cirque, tu es une enseignante semble-t-il investie et motivée : tu es ce que tu es, pas ce que les autres veulent que tu sois.

    Excuse-moi si ce que je dis est plutôt brouillon et peut paraître naïf, mais j’ai toujours eu horreur de ces bonnes manières, de cette hypocrisie qu’on est forcé d’utiliser pour s’intégrer facilement. La diversité qui fait de nous des êtres uniques n’a plus aucun sens si on se plie à cette norme insensée.
    Ceci étant dit, j’ai toujours aussi hâte de découvrir l’intégralité de ce bouquin ! Si tu as fait 10 000 mots, cela veut dire que l’objectif final est tout proche, et la parution avec, j’imagine ? ^3^

    • nemuyoake

      Merci pour ton com ! ^o^
      Je t’ai répondu par email vu que je n’avais pas accès a mon site. Si tu as d’autres remarques, tu sais ou me trouver. XD

  • Taellya

    Ça doit faire 1h ou 2 que je survole ton blog qui est génial !
    Je voulais te poser une ou deux questions par mail, mais je n’arrive pas à le trouver …
    Est il possible de te contacter par mail ou bien pas du tout XD ?

  • Eh bien quel travail ! Ecrire un livre doit être très difficile, mais ta perception du Japon et la perception que les Japonais ont de la France sont très intéressantes ! Bonne continuation.

  • Sanzo

    Konnichiwa !!!
    Subarachi !!
    Super titre, super idée pour l’écriture du livre et vraiment excellente idée que d’avoir eu le courage d’apprendre le Japonais et d’aller étudier et sincèrement c’est déjà tellement remarquable que partager cette expérience sous forme de roman même si c’est pas forcément le seul ou le but du roman c’est très généreux de ta part.
    Prend ton temps et surtout fais toi plaisir l’objectif c’est bien sûr d’en faire un peu chaque jour mais ce qui importe c’est qu’au moment de l’écriture le fond et la forme se mélangent lors du processus de création littéraire à savoir être dans un état inspirant ou inspirée. Si tu aimes écrire tôt le matin ou le soir selon les saisons c’est à toi de voir mais n’écris surtout pas le matin pour se débarasser de la tâche du quotidien.
    Sache que tu es pour le rêve incarné réalisé de ce que j’avais naguère rêvé de faire sauf que moi aussi étant prof d’anglais je voulais d’abord aller aux USA (c’est fait) puis au Japon (c’est fait mais en mode touriste)!
    Voici mon feedback mais attention c’est totalement subjectif
    Quelques remarques pour le titre : génial mais un côté trop intello, je te propose que tu crées et recrées plusieurs titres genre régulièrement au fil de l’écriture car il se peut que ton texte se limite au respect si titre trouvé trop tôt.
    exemple de titres: au gré des sourires surprises, subtilités japonaises, à la recherche de l’inattendu, Motchiron !, ohayo !, East memories, My life in Japan, Subarachi !!!, Plus fort qu’un manga, monogatari !, Il était une fois au Japon…
    Dans l ‘extrait pas du tout décontextualisé car il justifie bien le titre, tu peux si tu le souhaites faire de l’expansion en mode dialogue avec dans le portrait que tu fais des différentes réactions recréer des dialogues en mélangeant du Japonais et du français (ou de l’anglais). Le lecteur francophone va avoir besoin de prolonger l’expérience culturelle donc en choisissant des mots comme
    “hontoni ?” ou encore ” sugoi desune ?”
    Tu as déjà eu instinctivement ce reflexe avec le “ooooh!”
    Tu peux aussi créer une atmosphère spéciale du genre :
    au début lorsque j’allais à ces soirées je voulais jouer ma rebelle et montrer que j’étais fière et tu imagines toutes les réactions possibles comme une espèce de mode film dans ta tête (donc tu imagines les interlocuteurs gênés, offusqués en respectant la réaction culturelle imaginable car ainsi tu donnes une sorte de connaissance au lecteur de ce qu’il faut éviter) et puis dans une sorte de comique de situation tu reviens à la réalité dans une sorte d’autodérision en décrivant avec humour décalé de francophone au Japon (en utilisant d’ailleurs les feedback des commentaires de personnes s’offusquant à leurs tours des codes de conduite au Japon) comment la rebelle est devenu championne toute catégorie de communicante pour public japonaise. Vous avez un dîner à organiser et vous voulez réussir votre réception l’agence Miss French teacher s’occupe de tout ! Besoin d’épater votre auditoire avec une guest start qui saura apporter originalité sans exhubérance ? Parler juste assez mais pas trop, anticiper les demandes d’attention de votre interlocuteur et lui offrir le soin de s’exprimer sans risque de compromission aucune ? C est ainsi qu’une carrière potentielle d’intervenante d’animation de soiréese profila avec bien entendu une période d’essai pour ajustement comme dans tout métier d’artiste car le public est exigeant pour ensuite se développer tant et si bien que les émoluements de diverses natures finirent par se matérialiser : des invitations suppplémenatires d’abord puis des cadeaux pour se terminer par de véritables rémunérations selon la prestation déployée ! Ah le Japon sait reconnaître ses artistes et leur talent. Qu’en est-il de la réalité et de l’éthique de la révolution face au système de représentation disons alternatif ? Ah sur ce marché là la cotation est très basse et la demande est d’avantage de plus de divertissement que de du compte rendu scientifique et anthropo-socioligue que de telles rencontres auraient pu susciter.
    Ceci étant dit, la spectatrice de la comédie humaine que je fus n’en oublie point que là d’où je viens de tels comportements ne sont point inexistants et remarquer ce trait humain n’est pas sans rappeler les réunions d’entreprises ou autres lieux où l’enjeu de la réputation dépasse de loin tout autre considération. The world is definitely a stage so why not being a player and not just an actor indeed ?

    Sumimasen !! Un peu long cette contribution mais tu l’auras compris moi aussi je me destine à écrire mais davantage dans un cadre genre phd car aucune discipline.
    Bon je me suis permis de te tutoyer car hontoni arigato pour ce partage j’ai l’impression de rêver en te lisant comme un souhait réalisé en mode proxy !!!!!
    Cheers

    • nemuyoake

      Merci pour les encouragements ! ^^

      C’est marrant, finalement chaque personne a un avis différent sur ce que j’écris et donne des idées d’améliorations totalement différentes… Si je suis l’avis de tout le monde, ça ne va plus ressembler à grand chose… XD

      Bon, je vais lire ton autre commentaire. ^^

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