Devenir prof au Japon, projet réaliste ou utopique ?

Je reçois de plus en plus de demandes de conseils, en particulier venant de personnes envisageant de devenir enseignants d’autres matières que l’anglais. Beaucoup me demandent si leur projet est réaliste/réalisable/possible. J’ai pensé qu’il était temps d’écrire cet article.

 

Un projet réaliste, c’est quoi en fait ?

 

Question : “Un projet est “réaliste” à partir de combien de pourcentages de probabilités de réussite ?” 50%? 25%?…

 

Au fait, à partir de combien de pourcentages êtes-vous prêt à vous lancer ? Et tant qu’on y est, comment calculez-vous ce pourcentage ?

 

Lorsque je me suis décidé à partir au Japon, j’avais estimé que j’avais moins de 5% de chances de pouvoir réussir mon projet. Et je pense que si j’avais confié ce fait à ma famille, elle m’aurait dit d’abandonner l’idée… Est-ce que 5% de chances de réussite constituent objectivement un projet réaliste ? Je ne pense pas. Non, vraiment pas. Et pourtant je n’ai pas hésité à me lancer.

 

Il y a tellement de choses qui peuvent ou bien vous aider à réussir ou bien vous mettre des bâtons dans les roues… Seuls les efforts ne garantissent pas une réussite certaine, sinon ça se saurait. Il faut avoir de la chance, rencontrer les bonnes personnes au bon moment, saisir les occasions qui se présentent et prendre les bonnes décisions, que l’on prend souvent à l’instinct, et pas forcément de façon très réfléchie, car on se retrouve acculé à faire un choix le plus rapidement possible…

 

 

Risques ou regrets ?

 

Je pense que la notion de projet réaliste dépend aussi de votre perception du monde. Voilà la mienne : la vie, c’est la merde. C’est sûrement mon côté dépressif qui parle, mais il suffit de regarder autour de soi et d’écouter les infos à la tv pour comprendre qu’on a plus de risques d’avoir une vie de merde qu’une vie agréable sur cette planète. Je trouve toutefois que beaucoup de personnes craignent trop de perdre ce qu’elles ont déjà et renoncent finalement à leurs rêves (un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, vous me direz, et ça peut se comprendre). Elles choisissent de vivre une vie planplan, en essayant de parer les coups de la vie. Mais malgré cela, il y a un vide. Ce vide perdure. Elles se sont dit que ce n’était pas raisonnable, que les chances de réussite étaient faibles donc que ça ne valait pas le coup… Et le temps a passé. Et si leur vie présente ne leur apporte pas satisfaction, elles se disent “et si j’avais tenté de…?”. Leurs rêves finissent par se transformer en regrets pour nombre d’entre elles…

 

Moi, je veux n’avoir aucun regret dans la vie. Je n’ai d’ailleurs jamais eu à en avoir dans ma vie jusqu’à présent et j’estime que c’est une véritable chance.

 

Et vous ?

 

Etes-vous prêt à laisser vos rêves à l’état de rêves ?

 

En fait le problème se pose différemment. La question est plutôt : êtes-vous prêts à prendre le risque de tout perdre ? Engager autant d’efforts, d’argent et de temps et tout perdre, sans retour possible ?

 

Je pense que ce qui empêche les gens de se lancer, c’est le risque d’échec inhérent à ce genre de projets fous. Avoir peur de l’échec, c’est normal. Et c’est même inévitable. Souvenez-vous : la vie, c’est la merde. Je pars donc du principe qu’on a 99% de risques d’échouer, parce que sinon ça serait pas drôle. Mais malgré cela, je veux essayer. C’est une évidence que je vais échouer dans mes projets, à un moment ou à un autre (tout s’est trop bien passé jusqu’à présent, je sens que le retour de bâton va être brutal). Mais malgré cela je vais continuer. Car il n’y a que ça à faire si on veut être heureux et avoir la vie dont on rêve.

 

 

5% de chances, concrètement ?

 

Et ça donne quoi concrètement, 5% de chances? Concrètement, c’est être dans le flou le plus total, à cause du manque d’informations. On se lance et on prend beaucoup beaucoup de risques. Par exemple ? Par exemple, j’ai intégré l’université d’Iwate sans même savoir si c’était possible pour moi d’obtenir la licence d’enseignement. Rien que vérifier si c’était possible leur a pris plus de 6 mois donc j’ai su 1 mois après la rentrée que c’était possible. Mais j’ai pris le risque. J’ai parié dessus, sans avoir aucune certitude. J’ai juste parié sur la non existence de mon cas dans les textes qui régissent les études de la fac d’Iwate. Plutôt léger, non ? Mais on ne peut pas toujours avoir des appuis solides avant de faire le bond suivant. Il faut essayer d’avancer, quitte à arriver face à un mur. Toujours avancer, prendre des risques, essayer de penser à un plan B et C,…

 

Analyser la situation, mettre au point une stratégie qui englobe le manque d’information, anticiper les éventuelles difficultés et chercher les solutions à l’avance, chercher une solution au problème inattendu qui survient,…

Qu’est ce qu’il y a d’autre à faire ? La vie, c’est la merde et on a d’autre choix que de se battre pour essayer d’avoir la vie dont on rêve.

 

Chacun est différent. Chacun perçoit la vie de façon différente et a des croyances concernant la vie qui diffèrent, selon l’expérience de vie de chacun. Mais il reste une question et c’est à vous de choisir la réponse car personne ne pourra le faire à votre place: êtes-vous prêt à prendre le risque de tout perdre pour avoir une chance de vivre votre vie comme vous le souhaitez ou préférez-vous éventuellement (car personne ne peut prédire l’avenir) vous retrouver avec les regrets de ne pas avoir vécu votre vie comme vous l’entendiez ?

 

 

C’est tout ce que j’ai à dire sur la question. En espérant que cet article ne vous aura pas trop déprimé.

6 comments

  • Shindou

    Certes, un peu morose – voire même démoralisant. Mais au moins ça a le mérite d’être réaliste !

    • nemuyoake

      Oui, j’ai pas envie que les gens entreprennent ce genre de trucs sans être prévenus à l’avance. C’est pas parce qu’une personne a réussi que la voie est tracée.

  • Ike

    Comme tu dis, le parcours des gens, leur niveau d’éducation, leur motivation et la chance et les contactes, Il y a tellement de facteur qui peuvent intervenir que, peut importe ce que toi tu as fait, ça ne va rien dire pour un autre. Reste que c’est intéressant que lire les démarches que tu as entreprises et de voir ton évolution à travers ça et tes experiences. Mais elles restent unique à toi :3

    • nemuyoake

      Merci pour ton com !
      Oui il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu, mais je pense qu’il y a quand même des points communs à toutes les personnes qui ont pu réussir leurs projets au Japon (il faudrait une étude pour ça car je n’ai aucune preuve). En fait, je pense que les expériences des uns et des autres sont à prendre en compte absolument. Mais elles ne doivent pas être prises comme une recette à suivre à la lettre et c’est la où beaucoup de gens se trompent car ils pensent qu’en faisant la même chose, c’est du tout cuit. La plus grande qualité à avoir, c’est celle d’adaptation. De la réactivité aussi pour saisir les chances lorsqu’elles se présentent.

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