Comment intégrer un master japonais ?

Maintenant que vous avez décidé dans quelle université japonaise vous souhaitez étudier pour obtenir cette licence d’enseignement, il va falloir passer les examens d’entrée de cette fac. Et je vous conseille d’essayer d’intégrer plutôt un master.

 

– Pourquoi entrer en master plutôt qu’en première année ? –

 

Alors, « Entrer en première année et faire seulement la licence de base ou entrer en master et faire la licence de base en même temps que la licence spécialisée ? » Telle est la question. Petits éléments de réponse : avoir une licence spécialisée plutôt que la seule licence de base, c’est mieux. Vous connaissez le phénomène de masterisation des études françaises ? Eh bien les études japonaises, en particulier pour les enseignants, c’est la même chose. Le gouvernement souhaite que le nouveau niveau de base soit la licence spécialisée. Alors autant l’acquérir dès le départ. D’autant que ça vous donnera un avantage lors du recrutement vu que les autres candidats auront souvent seulement une licence de base.

 

De plus, entrer directement en master et pas en première année offre d’autres avantages : premièrement, si vous faite la licence spécialisée et de base en même temps vous économiserez plusieurs années d’études, donc du temps et de l’argent (sauf si vous êtes riches et que vous pouvez voua permettre de débourser 6 années d’études) mais il y a aussi un autre avantage, et pas des moindres : entrer en fac japonaise en première année vous oblige à passer des examens qui ne sont pas de votre spécialité, alors qu’entrer directement en master vous permet de ne passer des examens qu’ayant un rapport avec votre spécialité. En un mot, c’est plus facile d’intégrer la fac japonaise au niveau master qu’au niveau licence.

 

– Prenez contact en avance –

 

Une fois que vous avez décidé quelle fac et quel master vous souhaitez intégrer, il va falloir en passer les examens d’entrée. Et non, on ne fonce pas tout de suite chercher les annales au bureau des examens de la fac. Et non on ne s’inscrit pas comme ça et on se pointe la bouche en cœur aux examens. Enfin, si, vous pouvez le faire. Mais je ne pense pas que ce soit mettre toutes vos chances de votre côté, car les Japonais sont des chats. Je m’explique. Les Français sont des chiens. Et quand deux chiens se rencontrent, ils se reniflent mutuellement l’arrière train et on devine s’ils vont être potes forever ou si ça va tourner au vinaigre. Et eux-mêmes le font savoir immédiatement à l’autre. Allez essayer de renifler le cul d’un chat à la première rencontre, et il va vous mettre un neko punch en travers de la face, vous allez bien le sentir passer. Et ça sera fini, il va vous prendre en grippe. Les Français sont des chiens et les Japonais sont des chats. Et les chats il leur faut généralement un temps d’acclimatation. Ils doivent s’habituer à vous avant de vous accepter. C’est un peu le même principe pour entrer en fac japonaise au niveau master. Surtout que dans votre cas, il ne s’agit pas d’intégrer un master normal (ça les Japonais y sont habitués), mais d’intégrer un master en sciences de l’éducation pour obtenir une licence d’enseignement. C’est inconnu pour eux. Ils ne sauront peut-être même pas si c’est autorisé par les textes (ça a été le cas pour moi).

 

Donc on ne met pas la charrue avant les bœufs et on contact gentiment un responsable du master en question pour se présenter et expliquer son projet. Et quand on va au rendez-vous, on s’habille correctement et on montre qu’on est sérieux, bien élevé et grave motivé. Il faut le prendre comme un entretien de recrutement, même si ça a l’air d’être une simple rencontre informelle. Ne vous faites pas d’illusion, votre évaluation pour l’entrée en master vient de commencer là. Si vous êtes dans l’incapacité de vous rendre au Japon pour un entretien, vous avez toujours la possibilité de le faire par Skype, mais je pense que vous serez désavantagé (les Japonais sont des chats bis repetita). Par contre, si vous avez la possibilité de vous rendre au Japon, faites le : ça montrera votre détermination et votre sérieux quant à votre projet. Votre futur tuteur de mémoire n’est pas encore décidé (vous n’êtes même pas inscrit pour les examens d’entrée !), mais il est probable que Neko Shogun (le big boss de la section de master que vous avez contacté) a déjà des projets pour vous. Il veut surtout vous tester : êtes-vous quelqu’un de sérieux, vraiment motivé et qui ne se laissera pas découragé par les premières difficultés rencontrées ? Etes-vous quelqu’un capable de s’adapter à ce nouvel environnement et à ses règles ? Neko Shogun va alors se réunir avec les autres Neko Daimyou de la section du master que vous visez pour parler un peu de votre cas. Et il est probable que Neko Shogun et les autres Neko Daimyou vont décider de vous inviter à tout un tas d’évènements auxquels les autres étudiants de master ou de licence participent pour voir comment vous vous comportez. Ne refusez pas sous prétexte que vous êtes en vacances et que vous avez prévu d’aller visiter quelques temples, ce serait très mal vu car cela montrerait que vous n’êtes pas sérieux et pas vraiment motivé.

 

Donc si on vous propose une visite d’école à Perpètes-les-oies pour une journée entière, vous dites oui. Si on vous invite à une conférence à la con en sciences de l’éduc un samedi toute la journée (6h sur une chaise, vous en trépignez d’excitation d’avance !) vous dites oui. Si on vous demande d’écrire un rapport à la suite de cette fameuse conférence, vous le faites. C’est quelque chose qu’on ne dit pas à voix haute, mais il faut regarder les choses en face : on est aussi en train de tester votre docilité, votre capacité à rentrer dans le moule. Et plus les big boss sont vieux et avec une façon de penser arriérée, plus vous devrez faire illusion de rentrer dans le moule. Mettez-vous à la place de Neko Shogun ! Neko Shogun et les autres Neko Daimyou n’ont pas envie d’inviter un loup fou qui n’en fera qu’à sa tête dans leur bergerie de petits moutons. Eh, vous voulez entrer dans ce master, non ? Mais comme vous allez bien jouer le jeu gentiment, vous montrer sous votre meilleur jour, il est fort probable que Neko Shogun et les autres Neko Daimyou finissent par vous apprécier. Et là, vous avez déjà un pied dans le master (pour peu que vous ne soyez pas nul académiquement, hein ! Faut pas rêver non plus.)

 

– Préparer les examens d’entrée –

 

Une fois que Neko Shogun et les Neko Daimyou se sont habitués à vous, vous pouvez maintenant vous concentrer pleinement sur les annales. (En fait, vous avez commencé bien avant, en même temps que vous courtisiez les chats, bien évidemment) Entrainez-vous à répondre sans utiliser le dictionnaire pour chercher des kanji car, j’imagine que vous vous en doutez, vous n’aurez pas de dico le jour de l’examen. Analysez le type de problème et le type de réponse attendue. Si vous manquez de temps, utilisez le principe de Pareto pour parer au plus urgent : repérez les types d’exercices qui reviennent tout le temps et ceux qui rapportent le plus de points et concentrez-vous dessus. Il ne s’agit pas de bachoter bêtement, il s’agit de repérer ce qui est attendu de vous. Apres, c’est de la bête mémorisation, y’a pas de quoi écrire un article de 40 liges dessus. On passe à la suite !

 

– Le jour de l’examen –

 

Ah, le jour de l’examen… Non, on ne vient pas en snickers. Et non, on ne vient pas en jeans. Il va falloir vous habituer au costard cravate/tailleur car vous allez très souvent en avoir besoin durant vos années d’études. Même en été à près de 38 degrés, oui.

 

Ceci étant dit, on passe à l’examen. Si vous visez une fac de préfecture rurale, y’a pas à tortiller, il faut admettre que le niveau demandé est tout à fait accessible, même pour un gaijin à moitié illettré. Car, tout gaijin à moitié illettré que vous êtes, vous allez avoir l’occasion de briller. Les Japonais ont en effet tendance à répondre juste à la question posée, de façon purement factuelle. Ils ont parfaitement mémorisé les réponses mais il leur manque quelque chose pour se démarquer : la capacité à mettre en relation les savoirs acquis, à apporter quelque chose d’original à leur réponse. Vous êtes un gaijin à moitié illettré, mais vous avez une grande chance, vous êtes passé par l’école française. Vous avez normalement eu des professeurs assez exigeants, qui vous ont collé des sales notes, mais qui ont toujours attendu de vous beaucoup et on toujours cherché à vous faire réfléchir. Ils vous ont demandé toujours plus et de ne pas vous contenter du simple cours. En tout cas, moi ça a été mon cas. Et ça m’a énormément servi lors de mon examen. Au lieu de me contenter de simplement mémoriser les questions, j’avais préparé chaque thème de l’examen en lisant des recherches, retenu quelques noms et surtout, j’ai eu la chance de tomber sur l’analyse (syntaxe, grammaire, lexique) de l’évolution des lettres de correspondance écrites par une sourde-muette-aveugle, Helen Keller. Comme je ne passe pas seulement mon temps à m’amuser à mes jeux vidéo ou à regarder des anime mais que j’essaie de m’ouvrir un peu l’horizon aussi, je m’étais intéressée à la langue des signes japonaise (qui est utilisée pour les chansons à l’école maternelle japonaise, au passage), j’ai pu donc faire le rapprochement entre la question d’examen et d’autres savoirs, parler de la structure des langues des signes américaine que je connaissais vaguement et japonaise, ce qui a fait mouche. Ca a tellement fait mouche qu’ils m’en ont encore reparlé à l’entretien oral pour savoir comment je pouvais connaitre le sujet. Vous, gaijin à moitié illettré, avez des points faibles. Mais vous avez aussi la possibilité de les compenser en brillant sur des aspects où les étudiants Japonais pèchent. Il faut miser dessus.

 

Conclusion de l’affaire : cultivez-vous !!! Lisez beaucoup !! Sur plein de sujets !!

 

– L’entretien oral –

 

Dans ces fameux examens d’entrée, il y a aussi un examen oral en plus de l’écrit (mais ça varie selon les facs, à vous de vous renseigner). C’est comme un entretien de recrutement pour un job, sauf que c’est pour une place en master. Vous allez donc vous retrouver devant une brochette de Neko Daimyou, avec Neko Shogun probablement trônant au centre, et vous tremblant sur une chaise en face d’eux. Les Neko Daimyou peuvent arborer un regard de yakuza, et ne pas prendre la peine de se mettre en 4 pour vous mettre à l’aise. Ou vous pouvez aussi tomber sur des Neko Daimyou sympa qui essaient de vous mettre à l’aise le plus possible. Dans tous les cas, préparez-vous à tout car vous ne savez pas sur quoi vous allez tomber.

 

Le contenu de ces examens oraux variant d’un master à un autre et d’une fac à l’autre, il n’y a donc pas de certitude en la matière, mais vous pouvez vous attendre à des questions sur votre parcours, le pourquoi de votre désir d’enseigner au Japon et pas en France, votre connaissance du système scolaire japonais, votre connaissance des faits d’actualités liés à l’enseignement (ou sur l’actualité générale) au Japon, votre projet de travail et de recherche etc.

 

Mon conseil : répondre le plus honnêtement possible tout en donnant les réponses qu’ils attendant et qui les brossent dans le sens du poil. Par exemple, ce n’est pas “je souhaite enseigner au Japon car je veux vivre au Japon”, mais “je me destinais déjà a l’enseignement, mais j’hésitais entre la France et le Japon car je suis particulièrement attiré par la culture de ce pays. J’ai lu beaucoup de recherches sur l’enseignement et l’éducation au Japon et j’ai découvert le principe de Ikiru Chikara au cours de mes lectures. Cela correspondait vraiment à ma façon de concevoir l’enseignement. J’ai donc choisi de me former pour tenter d’exercer au Japon”.

 

En gros, c’est mentir comme un arracheur de dents tout en présentant les choses de façon à ce que ça soit plausible. Et non vérifiable. Surtout non vérifiable. Prenez garde aussi à ce que ça soit cohérent avec ce que vous avez pu dire au cours des différentes occasions où vous avez fréquenté les chats auparavant (vous vous en souvenez n’est-ce pas ?).Vous inquiétez pas pour la morale. Autant adeptes de la morale qu’ils sont, j’ai jamais vu les Japonais autant mentir qu’en entretien de recrutement, que ce soit pour un travail ou pour des examens d’entrée dans un établissement scolaire. Si vous ne savez pas quels types de réponses apporter, il y a des livres pour ça dans le commerce. Mais là encore, ne vous contentez pas des simples réponses du livre : visez l’originalité dans la conformité ! La French touch ! Vous, gaijin, n’avez pas à vous conformer autant qu’un Japonais standard, profitez-en. Il faut simplement que votre dose d’originalité, bien que non conforme, vous apporte une plus-value. Par exemple, vous n’hésitez pas à contredire l’avis général, mais vous le faites en apportant des arguments solides qui débouchent sur une autre perspective du problème. Vous en avez dans le crâne (comprendre : vous savez analyser le monde qui vous entoure, émettre un avis argumenté, mettre en relations des savoirs etc.) et vous avez l’occasion de le montrer (de façon humble, cela va sans dire). En vous recrutant pour ce master, ils ne cherchent pas un autre mouton, ils en ont plein déjà. Ils cherchent un chien de berger intelligent qui va guider et servir de modèle aux autres moutons, de par son attitude, son comportement, sa façon de penser. Ne vous transformez pas en mouton, ce serait une erreur. Un chien de berger suffisamment docile fera affaire. Prenez-le comme un jeu de rôle. C’est sympa les jeux de rôles, non ?

 

Neko Shogun et ses Daimyou considèrent (mais ne l’avoueront probablement jamais) qu’ils ont des étudiants qui n’ont généralement aucune curiosité, se contentent du minimum lors des examens et ont une capacité de réflexion qui laisse à désirer, en particulier dans les universités de province (attendez-vous sûrement à une autre trempe d’étudiant si vous visez de brillantes universités, quoique j’avoue ne pas avoir d’informations sur ce point). Rentrez dans leurs têtes. Essayez d’imaginer leur étudiant de master idéal et incarnez cet étudiant.

 

Et passez l’examen d’entrée avec succès !

 

Ainsi s’achève ce long article sur la façon d’intégrer un master au Japon. Mes conseils sont tirés de mon expérience et de mes lectures et ne représentent donc pas l’alpha et l’oméga du guide d’entrée dans un master au japon. D’autres personnes ayant intégré un master japonais, pour de la recherche ou bien en commerce auront probablement d’autres conseils à donner. Si ces personnes existent et qu’elles me lisent, n’hésitez pas à laisser un commentaire, que l’on puisse comparer. Ca m’intéresse !

 

 

2 comments

  • Trenien

    Ah, le délicat équilibre entre tirer partie de sa singularité d’étranger et ne pas tant sortir de l’ornière qu’on en vient à déranger…

    Crucial !

    Un ami a fini par quitter le japon après près de 10 ans simplement parce qu’il fut trop dans la notion de tout faire “à la japonaise”. La pression permanente et les réactions sur toutes les petites erreurs (inévitable, n’ayant pas grandi dans la culture) ont finies par avoir raison de son amour pour le pays. Les personnes dans son entourage attendaient tout simplement qu’ils soient un japonais.

    • nemuyoake

      Oui, c’est difficile de trouver son équilibre, notamment lorsqu’on est pas préparé psychologiquement à ce genre de choses. Certains Japonais veulent qu’on soit comme eux (ce qui est pas faux : à Rome, fais comme les Romains) mais ne comprennent pas qu’on ne peut pas avoir le joushiki approprié car on a pas été élevé dans la culture.

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